Quelques mois plus tard, alors que la situation du triage de Sotteville, s’était encore considérablement dégradée, une nouvelle délégation du Comité de Défense a été reçue, le 22 octobre 2012 par le Président du Conseil Régional de Haute-Normandie. Après avoir rappelé les conséquences économiques et humaines dramatiques de l’état de déshérence dans lequel la SNCF et RFF ont plongé le Triage de Sotteville, nous avons fait part de notre vive inquiétude sur les conditions d’insécurité régnant sur les autoroutes desservant la Région ; en effet, dans les trois semaines qui précédaient cet entretien, on avait pu noter (pour ce dont la presse s’était faite l’écho) : un après-midi entier où la circulation avait été bloquée dans les deux sens en direction de Paris sur l’A13 du fait du renversement de deux poids-lourds ; puis, quelques jours plus tard, toujours sur l’A13 et pour la même raison, une circulation bloquée en direction de Caen ; hélas, encore plus gravement, deux accidents, impliquant toujours des poids-lourds, ayant entraînés la mort de personnes avaient eu lieu sur l’A 29 et sur l’A 150.

Nous ne détaillerons pas ce qui est survenu exactement une semaine après cet entretien sur le pont « Mathilde » de Rouen, dont la presse s’est fait largement l’écho. Les conséquences économiques et humaines de cette catastrophe sont et seront pendant longtemps très lourdes à supporter pour les citoyens de l’agglomération rouennaise, et au-delà. Ce drame confirme que nous ne donnions pas dans le « catastrophisme » en attirant l’attention de tous sur la nécessité de parvenir à un partage modal du transport de marchandises beaucoup plus raisonnable que celui que l’on constate aujourd’hui.

Hélas, les décisions actuelles prises par la SNCF ne vont absolument pas dans le sens d’un rééquilibrage et d’un retour vers une part modale ferroviaire significative ! Bien au contraire, Fret SNCF persiste à affaiblir durablement le potentiel du triage de Sotteville par la diminution constante de ses emplois et l’expérimentation aberrante de nouveaux modes de production, grevant ainsi largement l’avenir en privant le Triage de Sotteville des compétences indispensables. Pire, de graves menaces pèsent sur la « tranchée couverte » ferroviaire qui dessert toute la rive gauche industrielle de l’agglomération! En outre, des propos tenus récemment par la direction de la SNCF laissent entendre des menaces encore plus conséquentes sur la desserte ferroviaire du Port de Rouen, 1er port céréalier d’Europe et outil économique fondamental de la Région Normande.

Nous avons bien noté, Monsieur le Président, dans votre réponse du 28 septembre 2012 à notre courrier du 6 août, vous informant de cette situation dramatique, que vous écriviez, concernant le fret ferroviaire : « le redressement de cette activité est une impérative nécessité ». Nous avons également noté l’intention de Monsieur le Ministre de procéder à une réorganisation du système ferroviaire ainsi que son intention de « relancer le fret ferroviaire ». Nous ne doutons pas de ces intentions, et sommes conscients qu’elles demanderont du temps pour être mises en oeuvre. Toutefois, rendus plus qu’inquiets par des réponses ministérielles intangibles dans leur façon de se vouloir rassurantes, alors que dans les faits, la SNCF continue son travail de sape de l’outil économique fondamental que représente le Triage de Sotteville, voire pire, nous demandons que, de toute urgence, soient prises des mesures qui concordent avec vos intentions citées plus haut.

Ainsi, on pourrait, afin de préserver les savoir-faire et de se préparer à une relance indispensable du fret ferroviaire, arrêter toutes les suppressions d’emplois que la SNCF s’apprête à opérer ; on pourrait aussi, dans le même temps, comme signe d’une réelle volonté de relance ferroviaire, remettre en état les installations en péril (notamment la « tranchée couverte » de Rouen) et réactiver les embranchements qui permettaient aux entreprises des zones industrielles de l’agglomération de profiter d’un transport ferroviaire dont beaucoup se plaignent de ne plus pouvoir bénéficier.

Nous comptons sur votre action et sur celle de Monsieur le Ministre des Transports pour que l’on puisse constater rapidement dans les actes l’arrêt du démantèlement du Triage de Sotteville et la reprise des activités qui lui sont normalement dévolues. Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de nos sentiments citoyens.

Sotteville lès Rouen, le 12 novembre 2012

Le Bureau du Comité de Défense Du Triage de Sotteville lès Rouen