Cheminot à la Compagnie des chemins de fer du PLM, il est révoqué le 8 mai 1920 en raison de la part qu’il prend aux grandes grèves menées cette année là.

Membre de la commission exécutive de la C.G.T.U, il est parmi les fondateurs du « Comité d’action contre l’impérialisme et la guerre » et anime la lutte contre l’occupation de la Ruhr par les troupes françaises. Il participe ainsi à la conférence d’Essen, qui marque la solidarité des travailleurs et des soldats, en janvier 1923. Arrêté à son retour, avec Gaston Monmousseau, Gabriel Péri et d’autres militants, il est incarcéré plusieurs mois. Il le sera à nouveau, en 1927.

Réintégré fictivement au chemin de fer en 1934, il l’est réellement grâce au front populaire, le 1er novembre 1936.

Démis de son mandat de membre du Conseil d’Administration de la SNCF le 10 décembre 1938, afin de l’empêcher d’exercer son mandat de premier responsable de la Fédération CGT des transports, le ministre des Travaux publics de l’époque le relègue comme employé à la gare de Loches. Cependant, même dans cette sous-préfecture de l’Indre et Loire, il ne cesse d’être actif et poursuit inlassablement la lutte pour la défense des intérêts des cheminots, de l’ensemble des salariés, du peuple français.

Voilà pourquoi, après avoir été mobilisé le jour même où éclate la guerre en Europe, il est à peine deux mois plus tard, emprisonné en octobre, accusé, avec d’autres, de détournement de fonds syndicaux pour avoir refusé de livrer l’avoir financier de leur fédération syndicale.

C’est un prétexte qui ne tient pas longtemps.

Il est néanmoins traduit devant le tribunal militaire permanent de Paris où, le 6 avril 1940, il est condamné à 3 ans de prison, 2 000 francs d’amende et à 5 ans de privation de ses droits civiques. Une nouvelle révocation accompagne cette peine, cette fois de la S.N.C.F.

Mais le véritable chef d’accusation est identique à celui qui servira à jeter en prison des centaines de ses camarades : il est communiste.

Nous sommes alors, à deux mois de l’invasion du pays par la peste brune. Au lieu de la combattre, c’est contre les antifascistes, les antihitlériens notoires, que le gouvernement du moment s’acharne.

Quand on parle de résistance, ici à Sotteville, cela évoque un certain nombre de personnes : Colonel Fabien, Paul Langevin, Marcel Lechevalier, Guy Môquet, Célestin Dubois, les frères Cantons (Louis et René), Marius Vallée, Henri Breton, Claudine Guérin, Danielle Casanova ou encore Gabriel Peri et bien d’autres qui ont donné leur nom à des rues de notre commune.

L’histoire nous enseigne que ces résistants de la première heure pouvaient aussi être déportés dans des camps de la mort et mourir de maladie, de sévices ou expériences diverses, dans les chambres à gaz. Beaucoup d’ailleurs n’en sont pas revenus.

L’histoire ne se reproduit pas à l’identique, dit on, mais au delà de l’hommage que nous rendons à l’homme politique et au militant syndical, nous voulons mettre en garde contre une montée de la « bête immonde » qui a fait tant de ravage dans les années 1940 en Europe et dans le monde… Et qui a mené sa représentante au second tour de la présidentielle, il y presque un an.

C'est donc parce qu'il combattait le fascisme que Pierre SEMARD a été assassiné. Aujourd’hui, dans la continuité de son combat, c’est contre la droite et l’extrême droite que nous nous battons, contre une politique exclusivement au service des riches, menée par « le Président des riches » qui fait le lit d’un extrémisme de droite, certes en retrait, mais prêt à bondir.

Il luttait contre tous ceux, qui, dans ces années de guerre, disaient « Plutôt Hitler que le Front Populaire », et dont les successeurs d’aujourd’hui opposent les individus entre eux, ceux qui ont du travail à ceux qui en cherchent, les salariés du public à ceux du privé, les français aux étrangers, les riches aux pauvres, les hommes aux femmes … avec la volonté permanente de diviser pour mieux régner.

Ce sont les mêmes qui soutenaient à l’époque la montée du fasciste en Europe, avec un MEDEF aujourd’hui dirigé par Pierre Gattaz, qui veulent toujours plus s’enrichir sans se soucier des conséquences.

Ce sont toujours les mêmes qui font pression sur le gouvernement, mais a-t-il vraiment besoin de cette pression, pour que celui-ci supprime tout ce qui peut les gêner dans leur course aux profits. Code du travail, statuts particuliers…

Aujourd’hui, le transport ferroviaire que souhaitait construire Pierre SEMARD est mis à mal au non d’une dette qui n’est autre que le fruit de choix de l’Etat vis-à-vis de cette entreprise, de ce fleuron, que d’autres pays nous enviaient.

Nous ne pouvons donc passer sous silence le projet de casse de la SNCF, du service public ferroviaire, à travers un rapport que le 1er Ministre a trouvé intéressant et qu’il compte faire passer par la voie des ordonnances, sans que le Parlement n’ait son mot à dire ! Ce qui fait dire à notre Député Hubert Wulfranc dans l’Humanité de mardi 27 février « Il y a dans ce nouveau recours aux ordonnances la volonté de condamner le Parlement à l’obéissance et en réalité à l’inaction, mais aussi celle de casser les acquis publics et sociaux, à la manière de ce qui a été fait avec la loi Pénicaud sur le code du travail ».

Il est vrai que ce rapport Spinetta répond complètement aux demandes des dirigeants de l’Etat, Président de la République, Premier Ministre ou autres ministres.

Ici, à Sotteville, nous savons ce que signifie « casse du ferroviaire » quand notre ville qui était connue pour son triage, l’un des plus performant d’Europe, est aujourd’hui « célèbre » pour son cimetière de locomotives.

Le rapport, écrit par l’ancien PDG d’Air France – KLM, propose d’en finir avec toute notion de service public et d’intérêt génal, ce qui, pour lui, passe par une casse du statut des cheminots, comme cela a été le cas pour celui des postiers ou demain pour celui de la fonction publique, statuts pourtant intrinsèquement liés à la notion même de service public.

Le rapport va plus loin car il met comme postulat la nécessité d’une ouverture à la concurrence, c’est vrai qu’il ne faut pas gêner les « cars Macron », une concurrence donc totalement libre, organisée sur le réseau, au plus grand bénéfice des opérateurs privés qui pourraient ainsi se placer sur les axes rentables, délaissant ainsi les pan entiers du territoire, les 9 000 km de lignes jugées peu rentables. Même si, dans son discours de la semaine dernière, le Premier Ministre, qui a peur de la réaction des élus des territoires, territoires déjà mis à mal par les coupes sombres budgétaires avec la baisse de dotations, annonce qu’il ne touchera pas à ces lignes intermédiaires, on ne peut qu’être inquiets de la mise en place de ce nouveau « pacte ferroviaire ».

Plus généralement, c’est la pertinence même du rail qui est remise en cause. Et le gouvernement fait des cheminots les boucs émissaires de la dégradation du service public. Pour lui, il faut donc casser leur statut !

Le seul angle d’attaque de ce rapport est bien celui de la rentabilité économique, indépendamment de toutes les autres exigences, réponses aux besoins de déplacement des individus ou données écologiques et environnementales.

Dans son discours, E. Philippe ne prend absolument pas en compte la question du transport du fret, des marchandises, assuré aujourd’hui à plus de 80% par la route.

La mise en œuvre des recommandations de ce rapport aurait aussi comme conséquence de mettre de nombreux camions sur nos routes avec les dangers que cela comporte et pour notre secteur, ce serait une croix définitive sur notre triage et sur l’emploi afférent.

Aussi, comme le souligne le communiqué des députés communistes de la semaine dernière, ils seront aux côtés des travailleurs de la SNCF le 22 mars, et nous soutenons totalement la lutte des cheminots, notamment, lors de cette journée d’action avec l’ensemble de la Fonction Publique, et bien d’autres secteurs d’activités.

Ayons aussi à l’esprit que nous fêtons cette année le cinquantième anniversaire de mai 68. Faisons converger les luttes dans les différents secteurs qui sont touchés par la politique gouvernementale… car celle-ci est bien un tout qui s’articule autour de la notion de mise en place de l’austérité pour la très grande majorité du peuple, pour permettre aux plus riches de l’être toujours plus.

Raymond Aubrac, un autre grand résistant, rappelait peu de temps avant sa mort, en s’adressant aux jeunes : « Si vous baissez les bras, vous n’avez aucune chance de vous en tirer. »

Il y a quatre-vingts ans, les jeunes, comme nombre de leurs ainés, dont Pierre SEMARD, n’ont pas baissé la tête, ils se sont battus, ils ont eu raison et ils ont gagné.

Dans sa dernière lettre, publiée par « la Tribune des Cheminots », Pierre SEMARD lance ce cri d’espérance : « Je meurs certain de la victoire sur les fascistes et de la libération de la France. Dites à mes camarades cheminots que je les adjure de ne rien faire qui puisse aider les hitlériens. Ils me comprendront et m’écouteront, ils agiront, j’en suis sur. »

Aussi soixante-seize ans après sa disparition tragique, le meilleur hommage que nous puissions rendre à celui qui reste un symbole du martyre des cheminots pendant la 2ème guerre mondiale, à Pierre SEMARD, réside bien dans la poursuite de ses idéaux, dans le fait de ne jamais oublier le sens profond de son engagement et de ses actes, notamment au service d’un grand service public du transport ferroviaire.

En conclusion, je reprendrais une formule de la fédération nationale CGT utilisée pendant le conflit de 1995 : « la SNCF n’appartient pas aux cheminots, mais à la nation toute entière ».

Alors, aujourd’hui, s’attaquer à la SNCF, c’est s’attaquer à la Nation toute entière ! Et c’est donc la Nation toute entière qui, doit se mobiliser pour faire reculer ce pouvoir et toutes ses velléités d’organiser la société française au service exclusif de la finance.

Je vous remercie.