A partir de cette date, il s’engage de plus en plus dans le camp du socialisme et de la classe ouvrière, il démultiplie son activité journalistique, est présent partout pour soutenir la cause de ceux qui travaillent. C’est ainsi qu’en 1896, il soutient les verriers d’Albi et apporte tout son soutien à la création de leur coopérative.

Mais il est aussi l’homme de la lutte contre toutes les injustices. En 1898, il s’engage dans la défense de Dreyfus accusé et condamné parce que juif. Jaurès ne fut pas le premier de ses soutiens et a cru, comme beaucoup, à sa culpabilité, mais devant les faits il s’engage à fond et intervient à l’Assemblée et c’est lui qui relancera plus tard la mobilisation pour obtenir l’annulation du jugement car il ne voulait pas se contenter d’une grâce octroyée d’en haut. « Je ne vous oublierai pas avait-t-il dit à Dreyfus », il tint une nouvelle fois sa promesse.

On voit bien là, la force d’analyse et de réflexion de Jaurès, du journaliste qu’il était, qui ne se contente pas de relater des faits avérés ou non, mais qui essaie de les comprendre, après les avoir analysés.

C’est d’ailleurs à propos de l’affaire Dreyfus et de la place que devait tenir la campagne de mobilisation dans l’action des socialistes que Jaurès débat avec Jules Guesde, l’autre grand dirigeant socialiste de l’époque. Fallait-il que les socialistes s’engagent dans la défense de ce Dreyfus issu des milieux bourgeois et militaires ? Ou fallait-il donner la priorité seulement à la question sociale ? Pour Jaurès, le socialisme doit être l’accomplissement de la justice. Il ne faut donc accepter aucune injustice. Malgré leurs désaccords, sous les auspices de l’Internationale socialiste, Guesde et Jaurès engageront l’unification de tous les courants socialistes pour créer la SFIO en 1905.

C’est aussi à cette période qu’il fonde le journal l’HUMANITE. Ce journaliste méticuleux, cet homme de conviction, de plus en plus engagé, a travaillé à la Dépêche du midi, ou à la petite République avant de se lancer dans l’aventure de l’Humanité dont le premier numéro sort le 18 avril 1904. Dans l’édito de ce premier numéro, il y précise : « "Le titre même de ce journal, en son ampleur, marque exactement ce que notre parti se propose. C'est, en effet, à la réalisation de l'Humanité que travaillent tous les socialistes. L'Humanité n'existe point encore ou elle existe à peine. À l'intérieur de chaque nation, elle est compromise et comme brisée par l'antagonisme des classes, par l'inévitable lutte de l'oligarchie capitaliste et du prolétariat. Seul le socialisme, en absorbant toutes les classes dans la propriété commune des moyens de travail, résoudra cet antagonisme et fera de chaque nation enfin réconciliée avec elle-même une parcelle d'Humanité. » Un siècle plus tard, cette notion de lutte des classes pour sortir notre pays et l’Humanité toute entière de ce que l’on nomme « la crise » reste d’une brulante actualité.

Il est aussi un des principaux artisans de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, qui, quoi qu’on en dise parfois, fonde aujourd’hui notre vivre ensemble. Il sut ainsi trouver la voie d’un compromis, mais d’un compromis de progrès, avec une loi qui permette à tous de se retrouver dans le respect de la liberté de conscience et de la neutralité de l’Etat en matière religieuse.

Oui Jaurès avait le sens du compromis mais à l’inverse de ce que l’on peut entendre dans la voix de nos gouvernants, ce n’était pas pour accepter ou faire accepter des régressions sociales mais bien pour changer la société avec toujours cette visée progressiste chevillée au corps.

En 1910, il œuvre ainsi pour les retraites ouvrières premiers pas vers une sécurité sociale. S’il n’a jamais participé au pouvoir, il a toujours pensé que les révolutionnaires devaient prendre toute leurs responsabilités, mais à condition d’aller vers du mieux et non pour accepter les pires reculs au nom d’un certain réalisme et surtout de l’impuissance politique. Ces réformes, il les rattache donc à un horizon, pour lui ce sont des réformes révolutionnaires qui préparent et introduisent même au sein du capitalisme des formes de socialisme, de communisme.

Avec son journal, l’Humanité, qui est le notre aujourd’hui, celui du mouvement social bien au delà des seuls communistes, avec ce journal qu’il veut socialiste et indépendant, il pourra intervenir dans tous les débats et surtout ceux de la paix et de la guerre.

Rappelons qu’il y a un siècle, seule la presse écrite permettait de transmettre les informations et les commentaires ou analyse s’y rapportant. Le lancement d’un nouveau journal était un acte politique majeur. Nous devons encore aujourd’hui avoir cela à l’esprit quand nous défendons notre presse contre les attaques dont elle est la cible.

C’est cela aussi faire vivre au quotidien l’esprit de Jaurès.

Observons d’abord qu’aujourd’hui, à gauche, ils ne sont plus très nombreux ceux qui au Parti Socialiste s’en réclament. Mais peut-on encore parler de gauche pour les dirigeants de ce parti ? Le Président et le Premier Ministre n’en font pas leur principale référence, lui préférant Clémenceau mais le Clémenceau de la répression antisociale et du jusqu’au-boutisme guerrier. Ils mettent, chacun peut s’en rendre compte au quotidien, en œuvre une politique inspirée pour ne pas dire au service exclusif des intérêts des plus riches, du patronat, de Gattaz.

Pour les communistes, Jaurès reste une référence majeure, bien au delà du fait qu’il soit le fondateur de notre journal :

Nous y voyons d’abord la morale en politique quand celle-ci se trouve disqualifiée aux yeux de nos concitoyens par les affaires, impliquant souvent des personnages gravitant autour des plus hautes fonctions de l’Etat : Cahuzac, Sarkozy, Copé ou Lavrilleux, l’UMP élu député européen en mai dernier dans notre circonscription…

Nous y voyons le combattant pour la paix quand la guerre redevient le moyen d’assurer les intérêts impérialistes dans le monde : Palestine, Ukraine, …

Nous y voyons le champion de la justice sociale alors qu’aujourd’hui toute réforme est symbole de régression sociale : pacte de responsabilité, les retraites, la casse du code du travail ou la réforme territoriale, toutes votées avec l’accord, voire la demande, de la députée …

Nous y voyons le militant de chaque instant jusqu’à mourir pour ses idées.

Bien sûr, le monde d’aujourd’hui n’est plus celui de Jaurès. Je ne sais si Jaurès aurait été communiste en 1920, mais la direction qu’il nous a montré, autour des valeurs de paix, de justice, de liberté, ont été reprises par celles et ceux qui ont décidé de devenir le Parti Communiste Français.

Il n’est pas innocent non plus que le journal de Jaurès soit devenu tout naturellement celui du Parti Communiste et qu’il continue de véhiculer les mêmes valeurs.

Nous avons besoin d’inscrire le combat global pour l’émancipation humaine, pour une transformation profonde de la société, dans une démarche, et celle-ci passe par la mémoire ineffaçable de Jaurès.

Il fut l'honneur de la gauche, l’honneur du socialisme et au moment où ces mots deviennent des gros mots, il faut, il nous faut les répéter sans relâche.

Nous les communistes, nous en sommes les continuateurs, pas seulement de Jaurès évidemment mais aussi de Jaurès.

C’est dans cet esprit que va se tenir, dans quelques jours, les 12, 13 et 14 septembre à la Courneuve, la fête de l’Humanité.

Ce sera un moment de luttes en cette rentrée, avec de nombreux débats, mais aussi un grand moment festif, avec, comme chaque année, un plateau d’une grande diversité autant que de grande qualité.

Et bien sûr, en cette année du centenaire de l’assassinat du fondateur de notre journal, la fête sera sous le signe de ce dernier.

Avant de conclure, je souhaite que vous soit faite la lecture d’extraits de son derniers discours, prononcé à Lyon le 25 juillet 1914.

Ce texte de Jaurès du 25 juillet 1914 s’avère être d’actualité aujourd’hui si l’on transpose notamment Autriche et Serbie en Israël et Palestine.

''« Citoyens, Je veux vous dire ce soir que jamais nous n’avons été, que jamais depuis quarante ans l’Europe n’a été dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes à l’heure où j’ai la responsabilité de vous adresser la parole. Ah ! Citoyens, je ne veux pas forcer les couleurs sombres du tableau, je ne veux pas dire que la rupture diplomatique dont nous avons eu la nouvelle il y a une demi-heure, entre l’Autriche et la Serbie, signifie nécessairement qu’une guerre entre l’Autriche et la Serbie va éclater et je ne dis pas que si la guerre éclate entre la Serbie et l’Autriche le conflit s’étendra nécessairement au reste de l’Europe, mais je dis que nous avons contre nous, contre la paix, contre la vie des hommes à l’heure actuelle, des chances terribles et contre lesquelles il faudra que les prolétaires de l’Europe tentent les efforts de solidarité suprême qu’ils pourront tenter. (…) Dans une heure aussi grave, aussi pleine de périls pour nous tous, pour toutes les patries, je ne veux pas m’attarder à chercher longuement les responsabilités. Nous avons les nôtres, … et j’atteste devant l’Histoire que nous les avions prévues, que nous les avions annoncées ; (…)

Eh bien ! Citoyens, dans l’obscurité qui nous environne, dans l’incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j’espère encore malgré tout qu’en raison même de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entraînerait aujourd’hui pour les hommes une guerre européenne. (…) Quoi qu’il en soit, Citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar. » (… )''

__Jean Jaurès Extraits du discours prononcé à Lyon le 25 Juillet 1914__

Voila, Mesdames, Messieurs, Cher(e)s Ami(e)s, Chers Camarades, je conclurais cet hommage en citant Jaurès : « Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. » Tel est bien l’activité permanente des communistes d’aujourd’hui.

Je vous remercie.