Et pourtant, cela n’était pas si évident car Jaurès aurait pu avoir un tout autre destin.

Il est né en 1859 à Castres dans une famille petite-bourgeoise, quelque peu déclassée par un retour à la terre. Mais il disposait d’appuis et de soutiens dans les milieux républicains. Elève brillant, il intègre l’Ecole Normale Supérieure, il est le meilleur de sa génération et est promis à un brillant avenir au sein de l’élite républicaine. En 1885, il est d’ailleurs élu député à 26 ans, le plus jeune de la Chambre. Ses premiers engagements le sont à coté de Jules Ferry et des républicains modérés, il est alors moins à gauche que Clémenceau qui condamne, par exemple, la colonisation.

Mais Jaurès est un républicain sincère qui croit à la Raison, qui cherche à analyser les événements et qui va les vivre et les affronter avec courage et même courage physique. En 1892, il est scandalisé quand le propriétaire de la mine de Carmaux veut renvoyer l’un de ses ouvriers qui vient d’être élu maire de Carmaux en battant le gendre dudit propriétaire. Jaurès se lance dans une grande campagne de mobilisation pour obtenir la réintégration, fait le lien avec Paris, intervient dans la presse et gagne. Il gagne d’ailleurs l’élection législative partielle qui suit immédiatement et cela fut le premier affrontement de classe pour cet enfant de la République. Il est à nouveau élu lors des nouvelles élections générales de 1893.

A partir de cette date, il s’engage de plus en plus dans le camp du socialisme et de la classe ouvrière, il démultiplie son activité journalistique, est présent partout pour soutenir la cause de ceux qui travaillent. C’est ainsi qu’en 1896, il soutient les verriers d’Albi et apporte tout son soutien à la création de leur coopérative.

Il est aussi l’homme de la lutte contre toutes les injustices. En 1898, il s’engage dans la défense de Dreyfus accusé et condamné parce que juif. Jaurès ne fut pas le premier de ses soutiens et a cru, comme beaucoup, à sa culpabilité, mais devant les faits, il s’engage à fond et intervient à l’Assemblée. C’est lui qui relancera plus tard la mobilisation pour obtenir l’annulation du jugement, ne voulant pas se contenter d’une grâce octroyée d’en haut. « Je ne vous oublierai pas avait-t-il dit à Dreyfus », il tint une nouvelle fois sa promesse.

On voit bien là, la force d’analyse et de réflexion de Jaurès, du journaliste qu’il était, qui ne se contente pas de relater des faits avérés ou non, mais qui essaie de les comprendre, après les avoir analysés. Cette démarche devrait s’appliquer plus largement à notre peuple. En effet, nous devons aujourd’hui faire comprendre que tout ce qui est dit, notamment sur les média, voire les réseaux sociaux, n’est pas obligatoirement la vérité. C’est d’autant plus vrai que les faits eux même, la réalité, contredisent souvent cette « vérité annoncée ».

C’est d’ailleurs à propos de l’affaire Dreyfus et de la place que devait tenir la campagne de mobilisation dans l’action des socialistes que Jaurès débat avec Jules Guesde, l’autre grand dirigeant socialiste de l’époque. Fallait-il que les socialistes s’engagent dans la défense de ce Dreyfus issu des milieux bourgeois et militaires ? Ou fallait-il donner la priorité seulement à la question sociale ?

Pour Jaurès, le socialisme doit être l’accomplissement de la justice. Il ne faut donc accepter aucune injustice. Malgré leurs désaccords, sous les auspices de l’Internationale socialiste, Guesde et Jaurès engageront l’unification de tous les courants socialistes pour créer la SFIO en 1905.

C’est aussi à cette période qu’il fonde le journal l’HUMANITÉ. Ce journaliste méticuleux, cet homme de conviction, de plus en plus engagé, a travaillé à la Dépêche du midi, ou à la petite République avant de se lancer dans l’aventure de l’Humanité dont le premier numéro sort le 18 avril 1904.

Dans l’édito de ce premier numéro, il y précise : « "Le titre même de ce journal, en son ampleur, marque exactement ce que notre parti se propose. C'est, en effet, à la réalisation de l'Humanité que travaillent tous les socialistes. L'Humanité n'existe point encore ou elle existe à peine. À l'intérieur de chaque nation, elle est compromise et comme brisée par l'antagonisme des classes, par l'inévitable lutte de l'oligarchie capitaliste et du prolétariat. Seul le socialisme, en absorbant toutes les classes dans la propriété commune des moyens de travail, résoudra cet antagonisme et fera de chaque nation enfin réconciliée avec elle-même une parcelle d'Humanité. »

Nous sommes un siècle plus tard, et la lutte des classes existe toujours, même si les pouvoirs au service de l’argent, les média tentent d’accréditer l’idée qu’elle a ou aurait disparu, que la classe dirigeante des banquiers, des financiers, en un mot du capitalisme, a définitivement gagné et qu’il ne sert plus à rien de se battre pour changer les choses. L’argent domine la société mondialisée et ce serait une fatalité, une donnée quasiment scientifique.

C‘est ainsi que les forces réactionnaires ont misé lors de la présidentielle de 2017, sur le candidat Macron, ce « jeune » pour faire passer au mieux ses intérêts.

Pour autant, les communistes du 21ème siècle, ces insoumis à la domination de l’argent sur la société, malgré des reculs électoraux, sont toujours présents et bien vigoureux comme le démontrent chaque jour nos parlementaires qui luttent contre la politique gouvernementale.



Jaurès est aussi un des principaux artisans de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, qui, quoi qu’on en dise parfois, fonde aujourd’hui notre « vivre ensemble ». Il sut ainsi trouver la voie d’un compromis, mais d’un compromis de progrès, avec une loi qui permette à tous de se retrouver dans le respect de la liberté de conscience et de la neutralité de l’Etat en matière religieuse. Une loi véritablement de laïcité.

Des compromis sans compromission, et toujours dans l’intérêt des populations, telle pourrait être une définition de l’action de Jaurès.

En 1910, il œuvre ainsi pour les retraites ouvrières, premiers pas vers une sécurité sociale qui ne sera mise en œuvre que 30 ans plus tard sous l’impulsion du ministre communiste Ambroise Croizat.

Jaurès a toujours pensé que les révolutionnaires devaient prendre toute leurs responsabilités, mais à condition d’aller vers du mieux et non pour accepter les pires reculs au nom d’un certain réalisme et surtout de l’impuissance politique. Les réformes pour lesquelles il se bat, il les rattache à un horizon, celui, même au sein d’un cadre capitalisme, du socialisme, du communisme.

Avec son journal, l’Humanité, qui est le notre aujourd’hui, celui du mouvement social bien au delà des seuls communistes, avec ce journal qu’il veut socialiste et indépendant, il pourra intervenir dans tous les débats et surtout ceux de la paix et de la guerre.

Rappelons qu’il y a un siècle, seule la presse écrite permettait de transmettre les informations et les commentaires ou analyse s’y rapportant. Le lancement d’un nouveau journal était un acte politique majeur. Nous devons encore aujourd’hui avoir cela à l’esprit quand nous défendons notre presse contre les attaques dont elle est la cible. Notre journal, notre Huma, est en grande difficulté, par la volonté de ceux qui veulent que rien ne change, et il est de la responsabilité des communistes notamment, de le défendre en le faisant connaître, en proposant l’abonnement, mais aussi en achetant la vignette, bon de soutien qui éventuellement donne droit à une entrée gratuite à la fête.

C’est cela aussi faire vivre au quotidien l’esprit de Jaurès.

Pour les communistes, Jaurès reste une référence majeure, bien au delà du fait qu’il soit le fondateur de notre journal :

• Nous y voyons d’abord la morale en politique quand celle-ci se trouve disqualifiée aux yeux de nos concitoyens par les affaires impliquant souvent des personnages gravitant autour des plus hautes fonctions de l’Etat, et le débat qui se tient actuellement au Parlement n’est pas fait pour nous rassurer.

• Nous y voyons le combattant pour la paix quand la guerre redevient le moyen d’assurer les intérêts capitalistes dans le monde : Palestine, Syrie, fanatisme religieux…

• Nous y voyons le champion de la justice sociale alors qu’aujourd’hui les réformes gouvernementales sont malheureusement synonymes de régression sociale.

• Nous y voyons le militant de chaque instant prêt à défendre ses idées jusqu’à mourir pour celles-ci, mais « pas de mort lente » comme le chantait Brassens.

Bien sûr, le monde d’aujourd’hui n’est plus celui de Jaurès. Je ne sais si Jaurès aurait été communiste en 1920, mais la direction qu’il nous a montré, autour des valeurs de paix, de justice, de liberté, de laïcité ont été reprises par celles et ceux qui ont décidé de devenir le Parti Communiste Français.

Il n’est pas innocent non plus que le journal de Jaurès soit devenu tout naturellement celui du Parti Communiste et qu’il continue de véhiculer les mêmes valeurs.

Nous avons besoin d’inscrire le combat global pour l’émancipation humaine, pour une transformation profonde de la société, dans une démarche, et celle-ci passe par la mémoire ineffaçable de Jaurès.

Il fut l'honneur de la gauche, l’honneur du socialisme et au moment où ces mots deviennent des gros mots, il faut, il nous faut les répéter sans relâche.

Nous, communistes, en sommes les continuateurs, pas seulement de Jaurès évidemment mais aussi de Jaurès.

C’est dans cet esprit que, et je l’ai évoqué, va se tenir, dans quelques jours, les 15, 16 et 17 septembre au Bourget, la fête de l’Humanité, l’évènement politique de la rentrée, trop souvent passé sous silence par les média malgré les plus de 500 000 personnes sur un week end qui y participent.

Ce sera un moment de luttes en cette rentrée, notamment contre la volonté du Président de la république et du gouvernement de casser le Code du travail, quitte à bafouer la démocratie, notamment avec les ordonnances...

Quelques jours après la grande manifestation du 12 septembre un peu partout en France contre une casse supplémentaire du code du travail, la fête de l’Huma sera ponctuée aussi de nombreux débats, notamment autour de ce qu’est la gauche aujourd’hui ou de ce qu’elle devrait être, autour de la paix si chère à Jaurès, Elle sera aussi un grand moment festif, avec, comme chaque année, un plateau d’une grande diversité autant que de grande qualité.

Avant de conclure, je souhaite vous lire un extrait d’un discours de Jaurès devant la Chambre des communes le 7 mars 1895, époque à laquelle le Parti Communiste Français n’existait pas encore.

« Tandis que tous les peuples et tous les gouvernements veulent la paix, et malgré tous les congrès de philanthropie internationale, la guerre peut naître d’un hasard toujours possible ; et d’autre part, alors que s’est développé partout l’esprit de démocratie et de liberté, se développent aussi les grands organismes militaires qui, au jugement des penseurs républicains qui ont fait notre doctrine, sont toujours un péril chronique pour la liberté des démocraties. Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre, comme la nuée dormante porte l’orage. Messieurs, il n’y a qu’un moyen d’abolir enfin la guerre entre les peuples, c’est d’abolir la guerre entre les individus, c’est d’abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie, qui aboutit à la lutte universelle sur les champs de bataille, un régime de concorde sociale et d’unité. Et voilà pourquoi, si vous regardez, non pas aux intentions, qui sont toujours vaines, mais à l’efficacité des principes et à la réalité des conséquences, logiquement, profondément, le parti socialiste est dans le monde aujourd’hui le seul parti de la paix. »

Un texte, malheureusement, toujours d’actualité…

Les communistes du 20ème, puis ceux du 21ème siècle ont et font leur cette philosophie, cette démarche de Jaurès.

Voila, Mesdames, Messieurs, Cher(e)s Ami(e)s, Chers Camarades, je conclurais cet hommage en citant Jaurès : « Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. »

Tel est bien, aujourd’hui, l’activité permanente des communistes et de leurs élus à tous les niveaux.

Je vous remercie.